Charpente Bois EC5 : Panne, Chevron & Solive

Dimensionnement NF EN 1995-1-1 + AN France : neige & vent EC1 par département, flexion déviée, déversement, cisaillement, flèches réglementaires et vibration de plancher.

Dimensionner une charpente bois selon l'Eurocode 5

Pannes, chevrons et solives sont les éléments fléchis les plus courants de la construction bois. Depuis le remplacement des règles CB71, leur justification relève de la norme NF EN 1995-1-1 (Eurocode 5) et de son Annexe Nationale française, avec des charges climatiques tirées de l'Eurocode 1 : neige NF EN 1991-1-3/NA (zones A1 à E, majoration d'altitude au-delà de 200 m) et vent NF EN 1991-1-4/NA.

Un matériau sensible au temps et à l'humidité

Toute la logique de l'EC5 tient dans deux coefficients. kmod réduit la résistance selon la durée d'application des charges (0,6 en permanent, 0,9 pour la neige, 1,1 pour le vent) et la classe de service ; chaque combinaison est donc vérifiée avec « son » kmod, et le poids propre seul peut gouverner une section pourtant peu chargée. kdef traduit le fluage : la flèche finale d'une solive en classe de service 2 est majorée de 80 % sur sa part permanente. Un plancher bois se vérifie d'abord en flèche et en vibration, rarement en contrainte.

La panne déversée, un cas de flexion déviée

Posée sur le versant, la panne reçoit une charge verticale qui se décompose dans ses deux axes d'inertie : elle subit une flexion déviée vérifiée avec le coefficient de redistribution km = 0,7. Sous vent en soulèvement (1,0 G + 1,5 W↑), la membrure inférieure devient comprimée sans aucun maintien latéral : le coefficient de déversement kcrit chute, et cette combinaison dimensionne souvent les couvertures légères. C'est une vérification que la plupart des calculettes en ligne ignorent.

Des flèches encadrées par l'Annexe Nationale

L'AN française (Tab. 7.2) impose trois limites simultanées pour les bâtiments courants : Winst(Q) ≤ L/300, Wnet,fin ≤ L/200 et Wfin ≤ L/125, les chevrons non autoporteurs bénéficiant de limites propres. Pour les planchers résidentiels s'ajoute le critère de confort vibratoire f₁ ≥ 8 Hz (§7.3.3), fréquemment dimensionnant au-delà de 4,5 m de portée.

Du prédimensionnement à l'exécution

L'outil balaie le catalogue des sections commerciales françaises (sciages 40×60 à 100×300, lamellé-collé 60 à 140 mm de large) et retient la plus petite qui vérifie l'ensemble des critères, en affichant taux de travail et combinaison gouvernante comme une note de calcul de bureau d'études. Restent à traiter par ailleurs : continuités et porte-à-faux, assemblages (sabots, échantignolles, ancrages anti-soulèvement), contreventement et stabilité générale de l'ouvrage.

Comment calculer une panne, un chevron ou une solive : la méthode pas à pas

Le principe tient en une phrase : on évalue ce que la pièce doit porter, puis on vérifie qu'elle le supporte sans casser (résistance), sans se coucher sur le côté (déversement), sans plier de façon visible (flèche) et, pour un plancher, sans trembler à la marche (vibration). Voici chaque étape, avec les formules que l'outil applique.

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Combien de charge porte la pièce ?

Chaque panne, chevron ou solive porte la bande de toiture ou de plancher comprise entre elle et ses voisines : une largeur égale à l'entraxe e. Doubler l'entraxe double donc la charge portée. On additionne les charges permanentes G (poids de la couverture ou du plancher + poids propre de la pièce) et la charge variable : la neige S en toiture, l'exploitation Q (personnes, meubles, cloisons) en plancher. Par sécurité, l'Eurocode majore ensuite ces valeurs pour former la combinaison de calcul (EN 1990 éq. 6.10) :

pd = 1,35 × G + 1,5 × S(toiture) ou1,35 × G + 1,5 × Q(plancher)

Sur les couvertures légères (bac acier), l'outil ajoute la combinaison inverse 1,0 G + 1,5 W↑ : le vent qui aspire la toiture vers le haut. Cette charge pd fait ensuite « plier » la pièce : cet effort de pliage, maximal au milieu de la portée, s'appelle le moment fléchissant. Il grandit avec le carré de la portée (passer de 3 à 6 m ne double pas l'effort, il le quadruple) :

MEd =
pd ×8
2

Combien le bois peut-il encaisser ?

La fiche technique d'un C24 annonce 24 MPa de résistance en flexion (fm,k). Mais le bois tient moins bien lorsqu'une charge s'applique longtemps ou qu'il est humide : le coefficient kmod réduit la résistance en conséquence (0,6 pour une charge permanente, 0,9 pour la neige, 1,1 pour une rafale de vent). On applique aussi un petit bonus kh pour les sections de moins de 150 mm de haut (jusqu'à +30 %), puis on divise le tout par le coefficient de sécurité γM (1,3 bois massif, 1,25 lamellé-collé). Le résultat est la résistance « utilisable » en calcul :

fm,d =
kmod × kh × fm,kγM
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Vérifier la flexion

On calcule la contrainte σm,d = MEd/W (l'effort qui règne dans la fibre la plus tirée de la section) et on vérifie qu'elle reste sous fm,d. Cas particulier fréquent : la panne posée à dévers, c'est-à-dire perpendiculaire au versant. La charge verticale la plie alors dans ses deux directions à la fois (vers le bas et le long de la pente) : c'est la flexion déviée. Les deux flexions se cumulent, la seconde étant pondérée par km = 0,7 (§6.1.6), car la ruine ne démarre jamais exactement dans les deux plans en même temps :

σm,y,dfm,y,d
+ km ×
σm,z,dfm,z,d
1
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Vérifier le déversement (§6.3.3)

Pliez une règle posée sur chant : avant de casser, elle se couche sur le côté. Une pièce de bois haute et étroite fait de même : c'est le déversement. Tant que le bord comprimé (le dessus, sous charges descendantes) est tenu par les chevrons ou le platelage, rien à craindre. Mais quand le vent soulève la toiture, c'est le bord inférieur qui devient comprimé, et lui n'est jamais tenu. On calcule alors la contrainte à partir de laquelle la pièce se dérobe, qui dépend surtout de sa largeur b et de sa longueur non maintenue lef = 0,9 L + 2h :

σm,crit =
0,78 ×× E0,05h × lef

Si cette contrainte critique est basse, le coefficient kcrit vient réduire la résistance en flexion : σm,y,d ≤ kcrit × fm,y,d.

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Vérifier le cisaillement (§6.1.7)

Près des appuis, la charge ne plie plus la pièce : elle tend à la trancher verticalement, comme une paire de ciseaux. Cet effort tranchant vaut Vd = pd × L/2 sur chaque appui. La contrainte de cisaillement qui en résulte doit rester sous la résistance fv,d, en ne comptant que 67 % de la largeur (kcr = 0,67) pour tenir compte des fentes de séchage :

τd =
1,5 × Vdkcr × b × h
fv,d
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Vérifier la flèche : de combien ça plie ?

Une pièce peut être assez résistante mais plier de façon inacceptable : plafond fissuré, sol qui « sonne creux », porte qui frotte. On calcule d'abord la flèche instantanée (la descente au centre de la travée dès que la charge est appliquée) avec les charges réelles, sans majoration de sécurité :

winst =
5 × p × L⁴384 × E0,mean × I

Puis on tient compte d'une particularité du bois : chargé en permanence, il continue de se déformer pendant des années. C'est le fluage, traduit par kdef (0,6 en intérieur chauffé, 0,8 en charpente abritée, 2,0 en extérieur : la flèche peut donc tripler !). La part durable de la charge variable est comptée via ψ₂ (0,3 pour un plancher ; 0 pour la neige en dessous de 1 000 m, qui ne reste pas assez longtemps) :

wfin = winst,G × (1 + kdef) + winst,Q × (1 + ψ₂ × kdef)

Ces flèches sont comparées aux limites de l'Annexe Nationale française : L/300 sous charges variables, L/200 en flèche finale. Concrètement, pour une solive de 4 m : pas plus de 13 mm sous le mobilier et les occupants, pas plus de 20 mm au total fluage compris. C'est presque toujours cette vérification qui décide de la section.

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Vibration des planchers (§7.3.3)

Dernier contrôle, pour les solives uniquement : un plancher peut être solide et peu fléchi, mais vibrer désagréablement quand on marche dessus. Pour l'éviter, sa fréquence propre, c'est-à-dire la vitesse à laquelle il « rebondit » naturellement, doit dépasser 8 Hz, afin de ne pas entrer en résonance avec le pas humain (environ 2 Hz et ses harmoniques) :

f₁ =
π2 ×
×(EI / m) 8 Hz

L'outil enchaîne ces sept vérifications sur tout le catalogue des sections commerciales, de la plus petite à la plus grande, et retient la première qui passe : exactement la démarche d'une note de calcul de bureau d'études, en quelques secondes.

Quelle section pour quelle portée ? Ordres de grandeur en C24

Les sections ci-dessous ont été calculées avec ce même moteur EC5 pour des hypothèses médianes : toiture en zone de neige A1 à moins de 200 m d'altitude, pente 30°, tuiles terre cuite (0,55 kN/m²), classe de service 2 ; plancher léger d'habitation (0,50 kN/m² + cloisons légères), classe de service 1. Elles donnent un ordre de grandeur. En montagne, sous couverture lourde ou pour un plancher carrelé, la section requise change : utilisez le calculateur avec vos données réelles.

ÉlémentPortéeEntraxeSection C24 miniCritère dimensionnant
Panne déversée3,50 m1,50 m100 × 200 mmFlèche finale
Panne déversée4,00 m1,50 m100 × 225 mmFlèche finale
Panne déversée4,50 m1,50 m100 × 300 mmFlèche finale
Chevron1,80 m0,50 m40 × 60 mmFlèche finale
Chevron2,20 m0,50 m50 × 75 mmFlèche finale
Chevron2,60 m0,50 m63 × 75 mmFlèche finale
Solive de plancher3,00 m0,50 m50 × 150 mmFlexion
Solive de plancher4,00 m0,50 m63 × 175 mmFlèche finale
Solive de plancher5,00 m0,50 m75 × 200 mmFlèche finale

On remarque que la flèche finale, fluage compris, gouverne presque tous les cas courants : dimensionner une structure bois « à la contrainte » comme on le ferait en acier conduit à des sections sous-estimées. Les sections théoriques minimales des petites portées (40 × 60 pour un chevron de 1,80 m) sont par ailleurs souvent arrondies en pratique au 63 × 75 d'usage courant, pour la disponibilité en négoce et la pénétration des fixations.

Questions fréquentes