Vérification Poutre Acier — Eurocode 3
Vérification complète selon EN 1993-1-1:2005 + Annexe Nationale France : classification de section, résistance (§6.2), stabilité — flambement, déversement, interaction 6.61/6.62 (§6.3) — et flèche ELS.

Comment vérifier une poutre acier selon l'Eurocode 3 ?

L'Eurocode 3 (EN 1993-1-1:2005) est la norme européenne de référence pour le calcul des structures en acier. Cet outil implémente la vérification complète d'une poutre acier selon cette norme, avec l'Annexe Nationale française (NF EN 1993-1-1/NA:2013). Voici le détail de chaque étape du calcul.

Étape 0 — Modèle mécanique et solveur éléments finis

La poutre est modélisée en éléments finis 1D de type poutre d'Euler-Bernoulli. Chaque nœud possède 3 degrés de liberté : translation axiale (Tx), translation transversale (Tz) et rotation (Ry).

La matrice de rigidité élémentaire 6×6 est assemblée dans un système global, les conditions d'appui sont appliquées (encastrement, rotule, rouleau, libre), puis le système linéaire K·u = F est résolu par élimination de Gauss avec pivot partiel.

Les sollicitations V(x) et M(x) sont calculées par équilibre statique à partir des forces d'extrémité de chaque élément (Ke·ue − Feq), ce qui donne des résultats exacts même avec un seul élément par travée (effort tranchant linéaire et moment parabolique pour une charge uniformément répartie).

Types de charges supportés

  • Charge répartie uniforme (kN/m) — peut être partielle sur un tronçon défini
  • Charge ponctuelle (kN) — à une position quelconque le long de la poutre
  • Le poids propre du profilé est ajouté automatiquement comme charge permanente

Types de configurations

  • Poutre simplement appuyée (1 travée)
  • Console (porte-à-faux)
  • Encastrée — Appuyée, Bi-encastrée
  • Poutre continue (2 ou 3 travées) avec appuis intermédiaires

Étape 1 — Combinaisons d'actions (EN 1990)

Les combinaisons d'actions sont générées automatiquement selon l'EN 1990:2002 + AN France, en utilisant l'approche de l'équation 6.10 (et non 6.10a/6.10b).

ELU fondamental (§6.4.3.2, Éq. 6.10)

Σ γG,j × Gk,j + γQ,1 × Qk,1 + Σ γQ,i × ψ0,i × Qk,i

Avec γG = 1.35 (défavorable) ou 1.0 (favorable), γQ = 1.5. Chaque action variable est tour à tour prise comme action dominante (facteur 1.5 × 1.0), les autres étant des actions d'accompagnement (facteur 1.5 × ψ₀).

ELS caractéristique (§6.5.3, Éq. 6.14b)

Σ Gk,j + Qk,1 + Σ ψ0,i × Qk,i

ELS quasi-permanente (§6.5.3, Éq. 6.16b)

Σ Gk,j + Σ ψ2,i × Qk,i

Coefficients ψ (AN France, Tableau A1.1)

Catégorieψ₀ψ₁ψ₂
A — Habitation0.70.50.3
B — Bureaux0.70.50.3
C — Lieux de réunion0.70.70.6
D — Commerces0.70.70.6
E — Stockage1.00.90.8
S — Neige (≤ 1000 m)0.50.20.0
S — Neige (> 1000 m)0.70.50.2
W — Vent0.60.20.0

Étape 2 — Classification de la section transversale (§5.5)

Avant toute vérification, il faut déterminer la classe de la section transversale (1, 2, 3 ou 4). La classification se fait au Tableau 5.2 de l'EN 1993-1-1, en fonction des rapports d'élancement c/t des parois comprimées et du facteur ε = √(235/fy).

ε = √(235 / fy)

Semelle en console (Tableau 5.2, Partie 2)

L'élancement de la semelle est cf/tf, avec cf = (b − tw − 2r) / 2. Les limites sont :

  • Classe 1 : cf/tf ≤ 9ε
  • Classe 2 : cf/tf ≤ 10ε
  • Classe 3 : cf/tf ≤ 14ε

Âme (Tableau 5.2, Partie 1)

L'âme est classée en fonction de l'état de contrainte (flexion pure, compression, ou combiné N+M). Le paramètre α (fraction comprimée de l'âme) est calculé :

α = 0.5 +
N_Ed2 × c_w × t_w × f_y

Les limites en flexion pure (α = 0.5) sont :

  • Classe 1 : cw/tw ≤ 72ε
  • Classe 2 : cw/tw ≤ 83ε
  • Classe 3 : cw/tw ≤ 124ε

Signification des classes

  • Classe 1 : Plastification complète + capacité de rotation (rotule plastique) → Wpl
  • Classe 2 : Plastification complète sans capacité de rotation → Wpl
  • Classe 3 : Seule la fibre extrême atteint fy → Wel
  • Classe 4 : Voilement local avant fy → sections efficaces (hors périmètre V1)

La classe globale de la section est la plus défavorable entre l'âme et la semelle.

Étape 3 — Résistance de la section (§6.2)

Les vérifications sont menées aux points critiques de la poutre (section de moment maximal, d'effort tranchant maximal et d'effort normal maximal s'il est significatif). Le cas le plus défavorable est retenu.

Cisaillement (§6.2.6)

Vpl,Rd = Av ×
f_y / √3γ_M0

Vérification : VEd / Vpl,Rd ≤ 1.0. L'aire de cisaillement Av est une propriété géométrique du profilé (A − 2b·tf + (tw+2r)·tf pour un profilé I/H).

Cisaillement élevé (§6.2.8)

Si VEd > 0.5 × Vpl,Rd, la résistance en flexion est réduite par un facteur ρ :

ρ = (2 × VEd / Vpl,Rd − 1)²

Flexion (§6.2.5)

Mc,Rd =
W × f_yγ_M0

W = Wpl pour les classes 1 et 2, Wel pour la classe 3. En cas de cisaillement élevé (§6.2.10(3)), le module plastique est réduit : Wpl,réduit = Wpl − ρ × Aw² / (4 × tw), avec Aw = hw × tw.

Interaction M + N (§6.2.9)

Pour les profilés I/H doublement symétriques :

MN,y,Rd = Mpl,y,Rd × (1 − n) / (1 − 0.5a)

Avec n = NEd / Npl,Rd et a = min(Aw/A, 0.5). L'interaction n'est vérifiée que si n > 0.25 et NEd > 0.5 × hw × tw × fy / γM0.

Coefficients partiels (AN France)

γM0 = 1.0 (résistance de section), γM1 = 1.0 (stabilité), γM2 = 1.25 (résistance nette des assemblages).

Étape 4 — Stabilité (§6.3)

C'est souvent la vérification dimensionnante pour une poutre acier. Trois phénomènes d'instabilité sont vérifiés.

4.1 — Flambement (§6.3.1)

Instabilité par compression selon les axes y-y (forte inertie) et z-z (faible inertie).

Ncr =
π² × E × IL_cr²
λ̄ = √(A × fy / Ncr)
Φ = 0.5 × [1 + α(λ̄ − 0.2) + λ̄²]
χ =
1Φ + √(Φ² − λ̄²)
≤ 1.0

Le facteur d'imperfection α dépend de la courbe de flambement (a₀, a, b, c, d), elle-même déterminée par le Tableau 6.2 selon le type de profilé, le rapport h/b et l'épaisseur de la semelle.

Courbes de flambement — profilés laminés (Tableau 6.2)

ProfiléConditionAxe yAxe z
IPEh/b > 1.2, tf ≤ 40mmab
HEA/HEB (≤ 360)h/b ≤ 1.2, tf ≤ 100mmbc
HEA/HEB (400+)h/b > 1.2, tf ≤ 40mmab
UPNcc

4.2 — Déversement (§6.3.2)

Instabilité latérale de la semelle comprimée sous flexion. Le déversement est le mode de ruine le plus fréquent des poutres acier.

Moment critique Mcr

L'EN 1993-1-1 ne donne pas de formule explicite pour Mcr. L'outil utilise la formule classique de Clark-Hill-Wang (NCCI SN003 / Access Steel) :

Mcr = C₁ ×
π² × E × I_zL_cr²
× [ √(
I_wI_z
+
L_cr² × G × I_tπ² × E × I_z
+ (C₂ × zg)² ) − C₂ × zg ]

Où :

  • C₁ : coefficient dépendant du diagramme de moments, calculé par la formule AISC Cb (Eq. F1-1) : C₁ = 12.5·Mmax / (2.5·Mmax + 3·MA + 4·MB + 3·MC)
  • C₂ : coefficient prenant en compte la position de la charge. C₂ ≈ 0.45 si la charge est appliquée sur la semelle supérieure (déstabilisant), 0 sinon
  • zg : distance entre le point d'application de la charge et le centre de cisaillement. zg = h/2 pour une charge sur la semelle supérieure
  • Iw : constante de gauchissement (mm⁶), It : constante de torsion (mm⁴)
  • Lcr : longueur de déversement = distance entre maintiens latéraux

Coefficient de réduction χLT — Méthode §6.3.2.3

L'outil utilise la méthode §6.3.2.3 (pour profilés laminés), avec les paramètres AN France :

λ̄LT = √(W × fy / Mcr)
ΦLT = 0.5 × [1 + αLT × (λ̄LT − λ̄LT,0) + β × λ̄LT²]
χLT =
1Φ_LT + √(Φ_LT² − β × λ̄_LT²)
≤ 1.0

AN France : λ̄LT,0 = 0.4 et β = 0.75. Le plateau d'insensibilité au déversement est donc λ̄LT ≤ 0.4 (χLT = 1.0 dans ce cas).

La courbe de déversement dépend de h/b : courbe bLT = 0.34) si h/b ≤ 2, courbe cLT = 0.49) si h/b > 2.

Facteur de correction f (§6.3.2.3(2))

Pour les diagrammes de moments non uniformes :

f = 1 − 0.5 × (1 − kc) × [1 − 2 × (λ̄LT − 0.8)²]
χLT,mod = χLT / f ≤ 1.0

Avec kc ≈ 1/√C₁. Ce facteur est toujours ≤ 1.0 (il ne peut qu'augmenter χLT).

4.3 — Interaction N+M — Formules 6.61 & 6.62 (§6.3.3, Annexe B)

L'interaction entre effort normal et moment fléchissant combine les effets de flambement et de déversement. L'outil utilise la Méthode 2 (Annexe B) pour les facteurs kij.

N_Edχ_y × N_Rk / γ_M1
+ kyy ×
M_y,Edχ_LT × M_y,Rk / γ_M1
≤ 1.0   (6.61)
N_Edχ_z × N_Rk / γ_M1
+ kzy ×
M_y,Edχ_LT × M_y,Rk / γ_M1
≤ 1.0   (6.62)

Les facteurs d'interaction kyy et kzy sont calculés selon le Tableau B.2 (Annexe B), avec les facteurs de moment équivalent Cmy et CmLT déterminés au Tableau B.3.

Note : même pour une poutre en flexion pure (NEd faible), ces formules sont vérifiées car un effort normal résiduel dû au poids propre ou aux charges axiales peut exister.

Étape 5 — Vérification de la flèche (ELS, §7)

La flèche maximale est extraite de la combinaison ELS la plus défavorable (caractéristique ou quasi-permanente). Elle est comparée à un critère admissible basé sur la portée individuelle la plus longue :

wmax
Ln

Avec n = 200, 250, 300 ou 400 selon le critère choisi :

  • L/200 : Toiture sans éléments fragiles
  • L/250 : Plancher courant (valeur par défaut)
  • L/300 : Plancher supportant des éléments fragiles
  • L/400 : Éléments fragiles (cloisons vitrées, etc.)

Pour les poutres continues, la flèche est mesurée par rapport à la droite reliant les appuis de chaque travée, et le critère est basé sur la portée de la travée la plus longue.

Profilés disponibles

L'outil inclut une base de données de 68 profilés laminés à chaud européens :

  • IPE : 80, 100, 120, 140, 160, 180, 200, 220, 240, 270, 300, 330, 360, 400, 450, 500, 550, 600
  • HEA : 100, 120, 140, 160, 180, 200, 220, 240, 260, 280, 300, 320, 340, 360, 400, 450, 500, 550, 600
  • HEB : 100, 120, 140, 160, 180, 200, 220, 240, 260, 280, 300, 320, 340, 360, 400, 450, 500, 550, 600
  • UPN : 80, 100, 120, 140, 160, 180, 200, 220, 240, 260, 280, 300

Chaque profilé est défini avec ses propriétés géométriques complètes : A, h, b, tw, tf, r, Iy, Iz, Wpl,y, Wel,y, Wpl,z, Wel,z, Av, It, Iw, iy, iz, masse linéique et courbes de flambement associées.

La limite élastique fy est corrigée en fonction de l'épaisseur de la semelle selon le Tableau 3.1 : pour tf > 16mm en S355, fy = 335 MPa au lieu de 355 MPa.

Hypothèses et limites

  • Analyse élastique au premier ordre (pas d'effets P-δ)
  • Flexion dans le plan fort uniquement (pas de flexion bi-axiale)
  • Sections de classe 1 à 3 uniquement (pas de sections efficaces Classe 4)
  • Profilés I/H doublement symétriques et UPN
  • Charges gravitaires uniquement (pas de charge latérale)
  • Pas de chargement en damier pour les poutres continues (charge variable uniforme sur toutes les travées)
  • Pas de vérification des assemblages ou des contraintes locales (§6.2.7 : flexion locale âme)
  • Température ambiante uniquement (pas de situation d'incendie AN)

Normes de référence

  • EN 1993-1-1:2005 — Eurocode 3 : Calcul des structures en acier — Règles générales
  • NF EN 1993-1-1/NA:2013 — Annexe Nationale française (γM0=1.0, γM1=1.0, λ̄LT,0=0.4, β=0.75)
  • EN 1990:2002 — Eurocode 0 : Bases de calcul — Combinaisons d'actions
  • NF EN 1990/NA:2011 — AN France pour les coefficients ψ
  • EN 10025-2:2019 — Produits laminés à chaud en aciers de construction non alliés (fy selon épaisseur)
  • NCCI SN003 (Access Steel) — Moment critique élastique de déversement (formule de Mcr)

Questions Fréquentes (FAQ)