Calculateur de pertes de charge totales

Dessinez votre réseau élément par élément : tronçons de tuyauterie (longueur, matériau, diamètre, dénivelé), coudes, vannes, clapets, tés et points de puisage. L'outil propage les débits, calcule les pertes linéaires (Darcy-Weisbach, Colebrook-White) et singulières, identifie le chemin le plus défavorisé et en déduit le point de fonctionnement de la pompe.

Comment l'outil calcule votre réseau

Le réseau que vous dessinez est un graphe orienté : une source unique (pompe, compteur ou point de départ), des tronçons de tuyauterie, des singularités traversantes (coudes, vannes, clapets…), des tés qui divisent le débit et des points terminaux où vous saisissez les débits de soutirage. Le calcul enchaîne quatre étapes :

  1. Propagation des débits — par conservation de la masse, le débit de chaque tronçon est la somme des débits de tous les terminaux qu'il alimente, en remontant des terminaux vers la source.
  2. Pertes linéaires — pour chaque tronçon : vitesse, nombre de Reynolds, coefficient de frottement (Colebrook-White) puis équation de Darcy-Weisbach.
  3. Pertes singulières — chaque élément ponctuel traversé ajoute K × ρv²/2, imputé au tronçon situé juste en aval.
  4. Chemin le plus défavorisé — l'outil cumule les pertes de la source vers chaque terminal et retient le chemin le plus exigeant pour en déduire la HMT et le point de fonctionnement de la pompe.

Pertes de charge linéaires : Darcy-Weisbach

La perte de charge régulière d'un tronçon de longueur L et de diamètre intérieur D parcouru à la vitesse moyenne v s'écrit :

ΔP = f ×
LD
×
ρ × v²2
(Pa)

Le régime d'écoulement est caractérisé par le nombre de Reynolds, rapport des forces d'inertie aux forces visqueuses :

Re =
ρ × v × Dμ
(ρ en kg/m³, μ en Pa·s)

Le coefficient de frottement f dépend du régime :

  • Laminaire (Re < 2 300) : f = 64/Re — la rugosité ne joue aucun rôle, équivalent exact de la loi de Hagen-Poiseuille.
  • Turbulent (Re > 4 000) : équation implicite de Colebrook-White, référence des codes de calcul, que l'outil résout numériquement (détail de la résolution ci-dessous) :
1√f
= −2 × log₁₀ (
ε3,7 × D
+
2,51Re × √f
)
  • Zone de transition (2 300 ≤ Re ≤ 4 000) : le régime est physiquement instable ; l'outil interpole entre les deux lois et vous le signale, car aucune corrélation n'y est vraiment fiable.

Pourquoi Colebrook-White plutôt qu'une formule simplifiée ?

Beaucoup d'outils utilisent des formules monomiales calibrées (Flamant pour le DTU 60.11, Hazen-Williams…) ou des abaques. Elles sont commodes mais ne valent que dans leur domaine de calage : un matériau donné, de l'eau froide, une plage de diamètres restreinte. L'équation de Colebrook-White, elle, couvre tout le régime turbulent, n'importe quelle rugosité et n'importe quelle température — c'est la base du diagramme de Moody et la référence des ouvrages spécialisés (Idel'cik, Crane TP-410). C'est ce qui permet à l'outil de traiter dans un même réseau du cuivre à 10 °C et de l'acier galvanisé à 70 °C sans changer de méthode.

Étant implicite (f apparaît des deux côtés), l'équation est résolue numériquement par itérations de point fixe sur 1/√f, initialisées par l'approximation explicite de Swamee-Jain, jusqu'à une tolérance de 10⁻⁷ sur f — la convergence est atteinte en 3 à 5 itérations. L'erreur numérique est donc négligeable devant les incertitudes physiques (rugosité réelle, tolérances de fabrication des tubes).

Propriétés de l'eau utilisées

La masse volumique ρ et la viscosité dynamique μ sont interpolées linéairement dans une table de référence à pas de 5 °C (valeurs IAPWS / CRC Handbook, pression atmosphérique). La viscosité étant divisée par 3,5 entre 10 et 80 °C, la température change sensiblement le Reynolds — d'où son rôle dans les résultats :

Températureρ (kg/m³)μ (mPa·s)Usage typique
10 °C999,71,308Eau froide sanitaire
20 °C998,21,002Référence laboratoire
40 °C992,20,653ECS mitigée, plancher chauffant
60 °C983,20,466ECS, bouclage
80 °C971,80,354Chauffage haute température

Rugosités et diamètres intérieurs réels

Deux pièges classiques faussent les calculs de pertes de charge : utiliser le diamètre nominal au lieu du diamètre intérieur réel (un multicouche Ø26×3 ne fait que 20 mm de passage !) et négliger la rugosité absolue ε du matériau. L'outil embarque un catalogue de diamètres intérieurs réels par matériau et les rugosités usuelles des tubes neufs — modifiables champ par champ pour les utilisateurs avertis :

MatériauRugosité ε (mm)Dimensions du catalogue
Cuivre0,00158/10 (Ø10 ext.)50/54 (Ø54 ext.)
PER (PEX)0,007Ø12 × 1,1Ø32 × 2,9
Multicouche0,007Ø16 × 2Ø63 × 4,5
Acier galvanisé0,15DN 15 (1/2")DN 100 (4")
PVC pression (PN16)0,007Ø20 × 1,5Ø110 × 8,1
Inox (à sertir)0,015Ø15 × 1Ø54 × 1,5

Valeurs tubes neufs. Un acier galvanisé entartré peut dépasser 1 mm de rugosité après quelques années : majorez ε pour les réseaux anciens.

Pertes de charge singulières

Chaque accident de parcours (coude, vanne, té, clapet, variation de section…) dissipe une fraction de l'énergie cinétique de l'écoulement, quantifiée par son coefficient K :

ΔP = Σ K ×
ρ × v²2
(Pa)

L'outil reprend la bibliothèque complète de notre calculateur de pertes de charge singulières (formules de Borda-Carnot et Weisbach, tables Idel'cik et Crane TP-410). Chaque K reste modifiable dans le panneau de propriétés. Repères usuels :

SingularitéKRemarque
Té 90° — passage direct (séparation)0,35Compté sur la branche principale aval du té
Té 90° — dérivation (séparation)1,30Compté sur le piquage, avec la vitesse de la dérivation
Coude arrondi 90° (R/D = 1,5)≈ 0,15Coude cintré standard cuivre / multicouche
Coude brusque 90° (onglet)≈ 1,5Weisbach : sin²α + 2·sin⁴(α/2) — à éviter
Vanne à opercule ouverte0,15Monte à 24 ouverte au quart
Vanne à boisseau sphérique0,05Passage intégral : quasi transparente
Robinet à soupape ouvert≈ 10Le double coude interne se paie cher
Clapet anti-retour à battant≈ 2,0Battant ouvert (v ≥ 1 m/s environ)
Clapet à ressort≈ 10Soupape guidée, toutes positions
Crépine + clapet de pied≈ 3,0Poste clé du NPSH en aspiration
Élargissement brusque(1 − (D1/D2)²)²Borda-Carnot, vitesse de la petite section
Rétrécissement brusque(1/μ − 1)²Weisbach, μ = 0,61 + 0,39·(S2/S1)³
Compteur d'eau≈ 10Indicatif — la courbe ΔP(Q) du fabricant prime (forfait mCE possible)

Deux conventions importantes : la perte d'un élément est imputée au tronçon aval (celle d'un té dépend de la branche empruntée : passage direct ou dérivation), et la vitesse de référence d'une réduction est celle de la petite section — l'outil choisit automatiquement contraction ou élargissement selon les diamètres des tronçons adjacents.

Exemple détaillé : un tronçon calculé pas à pas

Pour vous permettre de contrôler l'outil à la main, voici le calcul complet d'un tronçon de l'exemple « Distribution 2 branches » (menu Exemples de l'éditeur) : cuivre 16/18, longueur 5 m, débit 0,3 l/s, eau à 20 °C, précédé d'un coude brusque à 90°.

  1. Vitesse — section de passage : A = π × 0,016²/4 = 2,011 × 10⁻⁴ m². D'où v = 0,0003 / 2,011 × 10⁻⁴ = 1,492 m/s (dans la plage 0,5–2 m/s).
  2. Reynolds — à 20 °C, ρ = 998,2 kg/m³ et μ = 1,002 × 10⁻³ Pa·s : Re = 998,2 × 1,492 × 0,016 / 0,001002 = 23 783 → turbulent.
  3. Coefficient de frottement — rugosité du cuivre ε = 0,0015 mm, soit ε/D = 9,4 × 10⁻⁵. Colebrook-White itéré donne f = 0,0250.
  4. Perte linéaire — pression dynamique ρv²/2 = 998,2 × 1,492²/2 = 1 111 Pa, puis ΔP = 0,0250 × (5/0,016) × 1 111 = 8 695 Pa.
  5. Perte singulière — coude brusque 90° : K = sin²(90°) + 2·sin⁴(45°) = 1 + 0,5 = 1,5 (formule de Weisbach), d'où ΔP = 1,5 × 1 111 = 1 667 Pa.
  6. Total du tronçon — 8 695 + 1 667 = 10 362 Pa = 1,06 mCE = 0,104 bar. Son dénivelé ΔZ = +2,5 m ne crée pas de perte par frottement : il s'ajoutera à la hauteur géométrique du chemin si le circuit est ouvert.

Chargez l'exemple dans l'éditeur : vous retrouverez ces valeurs ligne « Tronçon 4 » du tableau, au pas d'affichage près. Le même enchaînement est appliqué à chaque tronçon du réseau, puis cumulé chemin par chemin.

Vitesses recommandées

VitesseLecturePourquoi
v < 0,5 m/sTrop faibleRisque de dépôts, d'embouage et de mauvais dégazage ; surcoût matière inutile.
0,5 à 2 m/sPlage recommandéeCompromis usuel bruit / érosion / pertes de charge pour les réseaux du bâtiment.
v > 2 m/sTrop élevéeBruit, coups de bélier amplifiés, érosion-corrosion ; pertes de charge en v².

Seuils par défaut de l'outil, ajustables dans la section Résultats (on vise par exemple ≤ 1,5 m/s à l'aspiration d'une pompe, ou ≤ 1 m/s dans les colonnes d'un logement pour le confort acoustique).

Circuit ouvert ou circuit fermé : quelle HMT ?

La hauteur manométrique totale (HMT) que doit fournir la pompe ne se calcule pas de la même façon selon la nature du circuit — c'est le sélecteur « type de circuit » de l'outil :

  • Circuit ouvert (distribution sanitaire, surpression, relevage) : le fluide est réellement monté de la source vers le point de puisage. La hauteur géométrique s'ajoute aux frottements : HMT = ΔPfrottements + ΣΔZ + pression résiduelle requise au point le plus défavorisé (par exemple ≈ 3 bar pour un robinet de puisage confortable).
  • Circuit fermé (chauffage, eau glacée, bouclage ECS) : ce qui monte redescend — les ΔZ se compensent exactement sur la boucle et n'interviennent pas dans le choix du circulateur : HMT = ΔPfrottements du circuit le plus défavorisé. La hauteur statique reste affichée à titre d'information : elle sert à régler la pression de gonflage du vase d'expansion et la pression de remplissage, pas à dimensionner la pompe.

Le point de fonctionnement à fournir au fabricant de pompe associe le débit total du réseau (somme des terminaux) et la HMT du chemin le plus défavorisé : c'est l'intersection recherchée entre la courbe de réseau et la courbe de pompe.

Comment le moteur de calcul est validé

Le moteur de cet outil est couvert par une suite de tests automatisés exécutée à chaque évolution, construite sur des références indépendantes plutôt que sur ses propres résultats :

  • Vérité analytique en laminaire : la perte calculée coïncide avec la loi de Hagen-Poiseuille (ΔP = 128·μ·L·Q/π·D⁴) à 10⁻⁹ près — c'est une équivalence mathématique exacte, pas un ajustement.
  • Diagramme de Moody balayé : le solveur Colebrook est confronté à l'équation explicite de Serghides (précision publiée ±0,003 %) sur 36 combinaisons de Reynolds (5×10³ à 10⁷) et de rugosités relatives (0 à 0,05) — écart maximal constaté inférieur à 0,1 %. Les asymptotes sont également vérifiées : Blasius en tube lisse, von Kármán en régime pleinement rugueux (écart 0,002 % à Re = 10⁹).
  • Réseau de référence recalculé à la main : un réseau complet à deux branches (débits, vitesses, Reynolds, f, pertes linéaires et singulières, chemin critique, HMT) est documenté pas à pas dans les tests et recalculé par une implémentation indépendante — concordance à ±0,002 %.
  • Recoupement interne : sur des cas variés (Ø14 à Ø42,6 mm, cuivre/PER/acier galvanisé, 10 à 60 °C), les résultats concordent à ~1 % près avec le moteur Swamee-Jain de nos autres calculateurs — l'écart attendu entre les deux corrélations, excluant toute erreur d'unité.
  • Propriétés du fluide contrôlées : ρ et μ vérifiés contre les valeurs du CRC Handbook (écart ≤ 0,06 % aux points de contrôle 20 et 60 °C).
  • Validation du graphe avant tout calcul : source unique, connexité, absence de cycle, débits définis — un réseau incohérent n'est jamais calculé « quand même », il est signalé élément par élément.

Références

  • C. F. Colebrook, « Turbulent flow in pipes… », Journal of the Institution of Civil Engineers, 1939.
  • L. F. Moody, « Friction factors for pipe flow », Transactions of the ASME, 1944.
  • P. K. Swamee & A. K. Jain, « Explicit equations for pipe-flow problems », Journal of the Hydraulics Division, 1976.
  • I. E. Idel'cik, Mémento des pertes de charge, Eyrolles.
  • Crane Co., Flow of Fluids Through Valves, Fittings and Pipe — Technical Paper 410.
  • CRC Handbook of Chemistry and Physics — propriétés thermophysiques de l'eau.

Outils complémentaires