Comment vérifier les ponts thermiques d'un projet RE2020 ?

Le seuil RE2020 du ratio de ponts thermiques est 0,33 W/(m²·Sref·K) (Ratio ψ, article 22 de l'arrêté du 4 août 2021), doublé d'un plafond Ψ9 ≤ 0,60 W/(m·K) sur les liaisons de plancher intermédiaire. La valeur 0,28 W/(m²·K), encore très citée dans la littérature professionnelle, est l'ancien seuil RT2012 rapporté à la SHONRT : elle ne s'applique plus.

L'objet réel de l'article 22 est la prévention de la condensation dans les parois. L'outil ci-dessus applique la méthode des règles Th-Bat 2020, fascicule 5 « Ponts thermiques » : linéaires en dimensions intérieures, valeurs Ψ tabulées et sourcées, moyenne pondérée par les linéaires pour le Ψ9.

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Générer les liaisons depuis un gabarit

Le frein principal du calcul est le métré des linéaires. Le mode « démarrage rapide » les déduit de la géométrie : on choisit une typologie (plain-pied, R+1, collectif R+3…), on saisit longueur × largeur × niveaux, et l'outil génère la liste complète — périmètre = 2 × (L + l) pour les planchers, 4 × hauteur totale pour les angles, appuis / linteaux / tableaux calculés d'après le nombre de baies. Chaque ligne reste ensuite modifiable en mode expert (linéaire réel, Ψ certifié, occurrences).

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Critère 1 — le Ratio ψ global

Ratio de transmission thermique linéique moyen global

Ratio ψ =
Σ (Ψi × Li × ni)Sref
0,33

Ψi : coefficient de la liaison i (W/(m·K)) · Li : linéaire en dimensions intérieures (m) · ni : occurrences · Sref : SHAB en résidentiel, SU en tertiaire (m²) · seuil : 0,33 W/(m²·Sref·K)

La somme porte sur toutes les liaisons linéiques entre au moins deux parois dont une donne sur l'extérieur ou un local non chauffé. Sont exclus : les ponts intégrés aux parois (déjà comptés dans le U) et les ponts ponctuels χ. Attention à la confusion historique : 0,28 est le seuil RT2012, rapporté à la SHONRT — il ne s'applique plus.

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Critère 2 — le Ψ9 moyen des planchers intermédiaires

Moyenne pondérée des liaisons L9

Ψ9 =
Σ (Ψ9,i × L9,i × ni)Σ (L9,i × ni)
0,60

Ψ9,i : coefficient de chaque liaison plancher intermédiaire / mur ext. ou LNC (W/(m·K)) · L9,i : linéaire (m) · seuil : 0,60 W/(m·K) — sans objet si aucun plancher intermédiaire

C'est une moyenne pondérée par les linéaires, pas une vérification liaison par liaison : une liaison à 0,99 peut être compensée par d'autres mieux traitées. Une maison de plain-pied n'a pas de liaison L9 : le critère est alors « non applicable ».

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Choisir la source de chaque valeur Ψ

Par ordre de fiabilité décroissante : valeurs certifiées ATec/ATEx du CSTB pour les rupteurs industriels (la référence produit doit figurer au justificatif), calcul numérique NF EN ISO 10211 par un bureau d'études pour les détails non standards, valeurs tabulées Th-Bat (fascicule 5 — l'usage principal de cet outil), et en dernier recours les valeurs par défaut NF EN ISO 14683, sécuritaires donc pénalisantes — et muettes sur les liaisons de menuiseries.

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Améliorer : rupteurs, ITE, et le piège des « autres » liaisons

En isolation intérieure béton non traitée, le projet échoue largement sur les deux critères (nez de dalle ≈ 0,99). Les rupteurs en about de dalle (Ψ certifié de 0,10 à 0,33 selon modèle et épaisseur) ou l'ITE (Ψ ≈ 0,07) règlent immédiatement le Ψ9 — mais le ratio global de 0,33 exige un traitement d'ensemble : plancher bas (0,49 à 0,79 non traité) et appuis de menuiseries (0,42 en ITE au nu intérieur) sont les contributeurs les plus souvent sous-estimés. Le mode « et si » de l'outil compare instantanément la saisie, le tout-ITE et le tout-rupteurs.

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Attestation au permis et limites de l'outil

Depuis le 1er janvier 2022, l'attestation de prise en compte de la RE2020 est exigée au dépôt du permis (formulaires PCMI14-2 pour la maison individuelle, PC16-1-1 pour les autres constructions) : le Ratio ψ et le Ψ9 y sont reportés via le RSEE produit par l'étude thermique. Cet outil est une pré-vérification d'aide à la conception — il ne remplace pas le moteur réglementaire agréé Th-BCE 2020, ne calcule ni Bbio ni Cep, et ses ordres de grandeur doivent être confirmés par valeurs tabulées ou certifiées avant tout dossier.

Qu'est-ce qu'un pont thermique, et lesquels compter ?

Un pont thermique est une discontinuité de l'isolation : un point de l'enveloppe où la résistance thermique chute parce que la structure (dalle, refend, appui de baie) traverse ou interrompt la couche isolante. La chaleur ne s'échappe plus de façon répartie à travers la paroi, mais de façon concentrée le long de la liaison — d'où des déperditions supplémentaires et, surtout, un point froid sur la face intérieure.

La méthode Th-Bat distingue trois catégories, qui ne se traitent pas de la même façon dans le calcul :

  • Les ponts thermiques linéiques (coefficient Ψ, en W/(m·K)) : les liaisons entre deux parois — nez de dalle, angle de murs, refend en façade, appui de fenêtre. Ce sont les seuls comptés dans le Ratio ψ de l'article 22 : on multiplie chaque Ψ par son linéaire mesuré en dimensions intérieures.
  • Les ponts thermiques ponctuels (coefficient χ, en W/K) : percements localisés — poteau traversant, poutre en console isolée, fixation lourde. Ils pèsent sur les déperditions réelles mais sont exclus du Ratio ψ, défini uniquement sur les liaisons linéiques.
  • Les ponts thermiques intégrés aux parois : ossatures métalliques ou bois, fixations d'ITE, joints de maçonnerie. Ils sont déjà comptés dans le U de la paroi (coefficient surfacique) — les recompter dans le ratio serait les compter deux fois.

Le périmètre exact du ratio (FAQ RE2020-017) : toutes les liaisons entre au moins deux parois dont l'une donne sur l'extérieur ou un local non chauffé — y compris murs/murs et murs/baies. Le fascicule 5 les organise en cinq familles : plancher bas (code L8), plancher intermédiaire (L9), plancher haut (L10), parois verticales et menuiseries.

Comment traiter un pont thermique ? Les cinq solutions

Le même nez de dalle passe de Ψ = 0,99 à 0,07 W/(m·K) selon le principe constructif retenu — les trois coupes ci-dessous montrent pourquoi : tout se joue sur la continuité du plan d'isolant au droit de la liaison.

EXTINTplancher intermédiaire
ITI non traitée — Ψ ≈ 0,99. La dalle interrompt l'isolant intérieur : le flux traverse librement le nez de dalle.
EXTINTplancher intermédiairerupteur en about de dalle
ITI + rupteur — Ψ ≈ 0,10 à 0,33. Le rupteur reconstitue le plan d'isolant dans l'about de dalle tout en portant la structure.
EXTINTplancher intermédiaire
ITE — Ψ ≈ 0,07. L'isolant file en continu devant le nez de dalle : la liaison est traitée par construction.
Béton / maçonnerieIsolantBoisRupteurFlux thermique (qualitatif)

1. L'isolation thermique par l'extérieur (ITE)

La solution la plus radicale : l'isolant enveloppe la structure sans interruption, et toutes les liaisons courantes s'effondrent (nez de dalle 0,07, refend 0,06, angle rentrant 0,03 W/(m·K)). Deux pièges subsistent : l'appui de fenêtre (0,42 W/(m·K) pour une menuiserie au nu intérieur — le contributeur le plus sous-estimé du ratio) et le plancher bas, que l'ITE ne traite pas seule.

2. Les rupteurs de ponts thermiques

Éléments porteurs isolants insérés dans l'about de dalle (corps isolant + armatures traversantes en inox), sous Avis Technique ou ATEx du CSTB : Schöck Rutherma, Plaka Isotec, KP1… Le Ψ certifié va de 0,10 à 0,33 W/(m·K) selon le modèle et l'épaisseur de dalle ; un balcon en console passe d'environ 0,80 à 0,35. Deux règles d'or : reprendre la valeur exacte de l'ATec du produit (jamais une moyenne), et citer la référence dans le justificatif — l'outil ci-dessus le rappelle automatiquement.

3. Les planelles isolantes et remontées d'isolant

En about de plancher bas, une planelle de rive isolante combinée à une remontée d'isolant périphérique ramène la liaison sur terre-plein d'environ 0,63 à 0,35 W/(m·K). C'est le traitement type du pavillon en ITI, souvent suffisant pour le plancher bas quand les étages sont traités par rupteurs.

4. L'isolation répartie (monomur, béton cellulaire)

Les blocs à isolation répartie (monomur terre cuite, béton cellulaire) traitent nativement nez de dalle, refends et angles : le matériau porteur est lui-même isolant, il n'y a pas de plan d'isolant à interrompre. Comptez de l'ordre de 0,20 à 0,30 W/(m·K) au nez de dalle selon le bloc — la valeur exacte se lit sur la fiche fabricant (EDIBATEC ou ATec).

5. Le traitement des menuiseries

Appuis, linteaux et tableaux totalisent souvent 50 à 70 m de linéaire sur une maison : à 0,25–0,42 W/(m·K) la liaison non traitée, ils peuvent à eux seuls faire basculer le ratio. Précadre isolé, pose au nu de l'isolant ou retour d'isolant en tableau ramènent chaque liaison vers 0,10 W/(m·K).

Que risque un bâtiment aux ponts thermiques non traités ?

Des déperditions loin d'être marginales. Plus un bâtiment est isolé, plus la part relative des ponts thermiques grimpe : dans un neuf RE2020 aux parois performantes, ils représentent couramment 10 à 25 % des déperditions totales de l'enveloppe. C'est tout l'enjeu du Ratio ψ : il plafonne cette part résiduelle que les U des parois ne voient pas, et les mêmes Ψ × L alimentent le Bbio et le Cep dans le moteur Th-BCE 2020.

La condensation et les moisissures — l'objet réel de l'article 22. Au droit d'un pont thermique, la température de surface intérieure chute ; dès qu'elle passe sous le point de rosée de l'air ambiant, l'humidité condense. Le texte de l'article 22 l'énonce explicitement : il vise à éviter « tout risque de dégradation physique ou microbiologique des matériaux, comme […] le développement de moisissures ». C'est pourquoi il offre une alternative (voie I) : garantir une température de surface supérieure à 15 °C en tout point, par calcul NF EN ISO 10211 — rarement mise en œuvre, la voie II des deux ratios étant celle de tous les logiciels.

Un blocage administratif. Un projet qui dépasse l'un des deux seuils ne peut pas obtenir d'attestation RE2020 conforme au dépôt du permis (PCMI14-2 / PC16-1-1) : le Ratio ψ et le Ψ9 sont reportés au RSEE par l'étude thermique, et le contrôle est binaire.

Exemple chiffré : une maison R+1, de 1,15 à 0,28 W/(m²·K)

Maison individuelle R+1, Sref (SHAB) = 100 m². Linéaires intérieurs : 40 m par liaison de plancher (bas, intermédiaire, haut), 10,8 m d'angles sortants, environ 60 m de liaisons de menuiseries (appuis + linteaux + tableaux). Quatre scénarios, calculés avec les valeurs tabulées Th-Bat du catalogue de l'outil :

ScénarioΨ9 (≤ 0,60)Ratio ψ (≤ 0,33)Verdict
A — ITI béton, aucun traitement0,991,15Non conforme (les deux critères)
B — rupteurs sur L9 et plancher haut0,10 ✓0,48Ψ9 réglé, ratio global encore non conforme
B' — + plancher bas traité + menuiseries à 0,100,10 ✓0,28 ✓Conforme
C — tout ITE, appuis traités0,07 ✓0,32 ✓Conforme (0,38 sans traiter les appuis !)

Trois enseignements : l'ITI béton brute échoue largement sur les deux critères ; le rupteur ou l'ITE règle immédiatement le Ψ9 mais pas le ratio global, qui exige de traiter toutes les familles ; et même en ITE, appuis de fenêtres et plancher bas peuvent maintenir le projet au-dessus de 0,33. Reproduisez ce cheminement dans l'outil ci-dessus : le gabarit « Maison individuelle R+1 » en ITI est précisément le scénario A, et les leviers « Et si… » appliquent B et C en un clic.

Valeurs Ψ de référence selon le système constructif

Ordres de grandeur proposés par défaut dans l'outil (mur béton / maçonnerie courante), tous éditables. Les valeurs tabulées proviennent du fascicule 5 Th-Bat et de la fiche RT-RE menuiseries ; les valeurs « rupteur » doivent être remplacées par la valeur certifiée du produit retenu (ATec/ATEx).

LiaisonITIITETraitée / rupteur
Plancher intermédiaire / mur (L9)0,990,070,10 – 0,33 (rupteur ATec)
Plancher bas sur terre-plein / mur (L8)0,630,49≈ 0,35 (planelle + remontée d'isolant)
Toiture-terrasse / mur (L10)0,870,31 (remontée acrotère)
Balcon en console≈ 0,80 (la console traverse l'isolation)≈ 0,35 (rupteur structurel inox)
Refend / mur extérieur (T)0,830,06
Appui de fenêtre≈ 0,300,42 (nu intérieur)≈ 0,10 (précadre isolé)
Angle sortant de deux murs0,020,11

Unité : W/(m·K). L'isolation répartie (monomur terre cuite, béton cellulaire) traite nativement nez de dalle, refends et angles : Ψ de l'ordre de 0,20 à 0,30 selon le bloc, à reprendre de la fiche fabricant (EDIBATEC / ATec).

RE2020 vs RT2012 : ce qui a changé sur les ponts thermiques

RT2012 (abrogée)RE2020 (en vigueur)
TexteArt. 19, arrêté du 26 octobre 2010Art. 22, arrêté du 4 août 2021
Ratio global0,28 W/(m²·K)0,33 W/(m²·Sref·K)
Surface de référenceSHONRT / SRTSref = SHAB (résidentiel) ou SU (tertiaire)
Garde-fou L9Ψ9 ≤ 0,60 W/(m·K)Ψ9 ≤ 0,60 W/(m·K) (inchangé)
Dérogation à 0,50 (sismique)Prévue sur justification du maître d'ouvrageNon reprise explicitement par le texte
AlternativeVoie I : température de surface > 15 °C en tout point (ISO 10211, rare)

Questions Fréquentes (FAQ)