Structure · Béton armé
Escalier béton armé : paillasse et ferraillage
1 Géométrie
Marches
9
g retenu
28,0 cm
h retenue
17,0 cm
H calculée
1,53 m
2 Charges
Carrelage + chape : 1.5 kN/m² · Blondel : 60 ≤ 2h+g ≤ 64 · MEd = pu·L²/8 · L/d ≤ 20
3 Matériaux & exposition
Outil de pré-dimensionnement — escalier à paillasse droite, schéma isostatique simple appuis (bas/haut). Les escaliers à 2 volées avec palier intermédiaire ou à crémaillère nécessitent un calcul spécifique.
Vue schéma
Vérification globale
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Épaisseur de paillasse, descente de charges, ferraillage de flexion et de répartition et vérification de flèche d'un escalier en béton armé à volée droite, selon la NF EN 1992-1-1.
Mis à jour le
Qu'est-ce que la paillasse d'un escalier ?
La paillasse est la dalle inclinée en béton armé qui porte les marches d'une volée et reporte ses charges sur les appuis de pied et de tête. C'est la pièce structurelle de l'escalier : les marches, elles, ne portent rien — elles reposent sur la paillasse, qu'elles soient coulées en même temps qu'elle ou rapportées ensuite. Sur le plan du calcul, une paillasse se traite comme une dalle portant dans un sens entre deux appuis, sur une bande de 1 m de largeur, selon la NF EN 1992-1-1 (Eurocode 2).
Deux détails la distinguent d'une dalle ordinaire, et ce sont eux qui font tout le calcul : elle est inclinée, donc plus longue que sa projection au sol dans le rapport 1/cos α, et elle porte un prisme triangulaire de béton, celui des marches. L'escalier à paillasse est de loin le type le plus courant en logement collectif ; ses concurrents — escalier à limon central, à crémaillère, marches en console scellées dans un voile — relèvent d'autres modèles.
Le vocabulaire de l'escalier
La volée est l'ensemble continu de marches entre deux paliers. Le giron g est la profondeur horizontale de la marche, mesurée de nez de marche à nez de marche, et la hauteur de marche h (ou contremarche) sa dimension verticale. L'emmarchement est la largeur utile de passage : au minimum 0,80 m en maison individuelle, 1,00 m et plus en collectif. L'échappée est la hauteur libre au-dessus du nez de marche — on vise au moins 1,90 m, idéalement 2,10 m — et le reculement la longueur horizontale occupée au sol, qui doit tenir dans la trémie réservée dans le plancher.
Sur un escalier balancé, la ligne de foulée est le tracé de circulation le long duquel on mesure les girons, à environ 50 cm de la rampe, et le collet l'extrémité étroite d'une marche balancée. Le mur d'échiffre est le mur qui borde la volée et dans lequel elle peut prendre appui. Enfin, le palier se décompose en dalle palière — sa partie horizontale — et poutre palière — la poutre qui la porte ; on verra plus bas que c'est cette dernière qui décide du modèle de calcul de tout l'escalier.
Quelle épaisseur pour une paillasse d'escalier en béton ?
C'est la première question posée à tout escalier en béton, et plusieurs règles concurrentes circulent : e ≥ L/25, ou une fourchette L/30 ≤ e ≤ L/20, ou encore « 15 à 20 cm » donné sans justification. Ces trois réponses sont des usages professionnels de pré-dimensionnement, aucune n'est une prescription de l'Eurocode 2. Elles servent à démarrer le calcul, pas à le conclure.
Ce qui décide réellement, c'est la flèche. La NF EN 1992-1-1 §7.4.2 permet de s'en dispenser d'un calcul explicite en bornant l'élancement : pour une dalle isostatique faiblement sollicitée, le Tableau 7.4N donne L/d ≤ 20. Comme la hauteur utile d vaut l'épaisseur diminuée de l'enrobage et d'un demi-diamètre de barre, cette condition se retourne en une règle d'épaisseur directement utilisable :
Épaisseur de paillasse commandée par la flèche
L : portée horizontale entre appuis · c : enrobage (25 mm en XC1, 30 mm en XC3) · Ø : diamètre des aciers principaux (12 mm en pré-dimensionnement)
Soit, en exposition XC1 (escalier intérieur sec) avec des HA12 : e ≥ L/20 + 3,1 cm. Cette borne est toujours plus exigeante que la règle L/25, quelle que soit la portée — L/20 étant par construction supérieur à L/25. Autrement dit, la règle L/25 ne décide jamais de rien : elle donne un ordre de grandeur bas, que la vérification de flèche relève systématiquement. Pour la volée de 2,52 m détaillée plus bas, L/25 suggère 11 cm là où le calcul retient 16 cm.
C'est aussi ce qui explique l'écart entre la théorie et le chantier : la fourchette « 15 à 20 cm » que donnent les praticiens n'est pas une approximation prudente, c'est exactement le résultat du critère de flèche pour les portées de volée courantes, comprises entre 2 et 3 m.
Abaque : épaisseur de paillasse et ferraillage par volée
L'abaque ci-dessous est indexé sur le nombre de contremarches, et non sur des portées rondes : la longueur horizontale d'une volée droite vaut nécessairement n × g, si bien qu'une portée de 3,50 m n'existe pas avec un giron de 28 cm. Chaque ligne correspond donc à une volée réellement constructible. L'épaisseur affichée est la plus petite valeur entière en cm qui satisfait simultanément la flexion ELU au pivot A/B et la flèche par élancement.
Hypothèses — giron 28 cm et hauteur de marche 17 cm (le couple limite de l'article 6.1 de l'arrêté du 24 décembre 2015), emmarchement 1,00 m, revêtement 1,5 kN/m², habitation catégorie A (2,5 kN/m²), béton C25/30, acier B500, exposition XC1 (intérieur sec), aciers principaux supposés HA12 pour la hauteur utile. Saisissez vos valeurs réelles dans le calculateur pour tout autre cas. Les nappes sont notées HA8 / 20, soit le diamètre des barres et leur espacement en centimètres ; la colonne L/25 rappelle en gris l'épaisseur qu'aurait donnée la règle de pré-dimensionnement seule.
| Marches | Hauteur H | Portée L | L/25 | Épaisseur e | As | Nappe basse | Répartition |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 6 | 1,02 m | 1,68 m | 7 | 12 cm | 1,24 cm²/m | HA8 / 25 | HA8 / 25 |
| 7 | 1,19 m | 1,96 m | 8 | 13 cm | 1,57 cm²/m | HA8 / 25 | HA8 / 25 |
| 8 | 1,36 m | 2,24 m | 9 | 15 cm | 1,80 cm²/m | HA8 / 25 | HA8 / 25 |
| 9 | 1,53 m | 2,52 m | 11 | 16 cm | 2,16 cm²/m | HA8 / 20 | HA8 / 25 |
| 10 | 1,70 m | 2,80 m | 12 | 18 cm | 2,43 cm²/m | HA8 / 20 | HA8 / 25 |
| 11 | 1,87 m | 3,08 m | 13 | 19 cm | 2,84 cm²/m | HA8 / 17,5 | HA8 / 25 |
| 12 | 2,04 m | 3,36 m | 14 | 20 cm | 3,26 cm²/m | HA8 / 15 | HA8 / 25 |
| 13 | 2,21 m | 3,64 m | 15 | 22 cm | 3,58 cm²/m | HA10 / 20 | HA8 / 25 |
| 14 | 2,38 m | 3,92 m | 16 | 23 cm | 4,04 cm²/m | HA10 / 17,5 | HA8 / 25 |
| 15 | 2,55 m | 4,20 m | 17 | 25 cm | 4,40 cm²/m | HA10 / 17,5 | HA8 / 25 |
| 16 | 2,72 m | 4,48 m | 18 | 26 cm | 4,90 cm²/m | HA8 / 10 | HA8 / 25 |
Deux lectures s'imposent. D'abord, la colonne L/25 est systématiquement bien en dessous de l'épaisseur retenue : l'écart va de 5 cm sur la plus petite volée à 8 cm sur la plus grande. Ensuite, le ferraillage reste modeste — 1,24 à 4,90 cm²/m pour des moments allant de 4,7 à 47,4 kN·m/m — parce que la paillasse est épaissie par la flèche bien au-delà de ce que la flexion réclamerait : le moment réduit μ ne dépasse jamais 0,054 sur toute l'abaque, pour une limite de 0,372, tandis que l'élancement L/d reste calé entre 18,8 et 19,9, au contact de sa borne de 20. Sur un escalier courant, ce n'est jamais l'acier qui manque, c'est le béton qui est trop mince.
Au-delà d'une douzaine de contremarches, l'épaisseur devient franchement pénalisante : 26 cm de béton pour franchir un étage d'un seul tenant, contre 16 cm pour deux demi-volées de 9 marches. C'est la raison structurelle pour laquelle on coupe presque toujours un escalier d'étage par un palier intermédiaire — le confort n'est que la raison apparente.
Exemple chiffré : volée de 9 marches, 2,52 m de portée
Demi-volée courante d'un logement : 9 contremarches de 17 cm franchissent 1,53 m, avec un giron de 28 cm. La portée horizontale entre appuis vaut 9 × 28 cm = 2,52 m et l'inclinaison 31,3°. Blondel donne 2h + g = 62 cm, dans la plage confortable. Revêtement 1,5 kN/m², habitation, C25/30, B500, XC1.
- Épaisseur. L/25 suggère 11 cm, mais la flèche impose e ≥ L/20 + 3,1 cm : on retient e = 16 cm, d'où une hauteur utile d = 16 − 2,5 − 0,6 = 12,9 cm et un élancement L/d = 19,5 ≤ 20.
- Charges. Paillasse 25 × 0,16 / cos 31,3° = 4,68 kN/m² ; marches 25 × 0,17 / 2 = 2,13 kN/m² ; revêtement 1,50 kN/m². Soit G = 8,30 kN/m² et Q = 2,5 kN/m².
- Sollicitations. pu = 1,35 × 8,30 + 1,5 × 2,5 = 14,96 kN/m, d'où MEd = pu·L²/8 = 11,88 kN·m/m et VEd = pu·L/2 = 18,85 kN/m.
- Flexion. μ = 11,88 / (1,00 × 0,129² × 16,7) = 0,043, très loin de μlim = 0,372. Le bras de levier vaut z = 12,6 cm et la section requise As = 2,16 cm²/m, au-dessus du minimum de non-fragilité (1,72 cm²/m).
- Ferraillage. Nappe inférieure HA8 tous les 20 cm (2,51 cm²/m), aciers de répartition 0,86 cm²/m couverts par HA8 tous les 25 cm, plus des chapeaux sur appuis reprenant 25 % du moment de travée.
Comment calculer un escalier en béton armé ? La méthode pas à pas
La méthode ci-dessous est celle appliquée par le calculateur : géométrie, descente de charges, sollicitations ELU, ferraillage de flexion par la méthode des pivots, puis aciers de répartition et flèche. Elle correspond au schéma isostatique d'une volée droite simplement appuyée en pied et en tête.
Géométrie : Blondel et nombre de marches
Trois grandeurs suffisent à définir la géométrie : H la hauteur totale à franchir, mesurée de sol fini à sol fini (par exemple 2,72 m pour un étage courant), h la hauteur d'une marche (aussi appelée contremarche, 16 à 18 cm en pratique) et g le giron, c'est-à-dire la profondeur horizontale d'une marche, mesurée de nez de marche à nez de marche (28 à 32 cm en pratique). On commence par déterminer n, le nombre de contremarches, en divisant H par la hauteur de marche visée et en arrondissant à l'entier le plus proche ; comme n est entier, la hauteur de marche réellement exécutée est ensuite recalculée :
Nombre de contremarches et hauteur exécutée
H : hauteur de sol fini à sol fini (m) · h : hauteur de marche visée puis réelle (cm) · n : nombre entier de contremarches
Le giron g, lui, ne se calcule pas : c'est une valeur que vous choisissez (champ « Giron cible g » du calculateur), puis que vous confrontez à la place disponible : le reculement de la volée vaut en effet n × g, et doit tenir dans la trémie. Le couple (h réel, g) retenu doit alors respecter la formule de Blondel, qui traduit le pas moyen d'un adulte, avec un optimum autour de 63 cm :
Formule de Blondel
h : hauteur de marche (cm) · g : giron (cm) · optimum autour de 63 cm, soit le pas moyen d'un adulte
L'inclinaison α de la paillasse en découle : tan α = h / g, soit α ≈ 31° pour le couple classique h = 17 cm / g = 28 cm. Entre 25 et 35°, l'escalier est considéré comme confortable.
Épaisseur de la paillasse
On part de la règle d'élancement classique e ≥ L/25, L étant la portée horizontale entre appuis, puis on la relève au besoin pour satisfaire la flèche — ce qui, comme on l'a vu, est systématiquement le cas :
Pré-dimensionnement puis vérification
L : portée horizontale entre appuis (m) · c : enrobage · Ø : diamètre des aciers principaux — la seconde borne l'emporte toujours
Soit 16 cm pour une portée de 2,52 m, et couramment 15 à 20 cm en logement selon la longueur de la volée.
Descente de charges
Sur la projection horizontale et pour une bande de 1 m, les charges permanentes G cumulent trois termes (béton à 25 kN/m³) :
Charges permanentes de la volée
e : épaisseur de paillasse (m) · α : inclinaison · h : hauteur de marche (m) · G,revêtement ≈ 1,5 kN/m² pour chape + carrelage
Le premier terme est la paillasse inclinée ramenée à l'horizontale, le deuxième le volume triangulaire des marches, le troisième les finitions (compter environ 1,5 kN/m² pour une chape et un carrelage). La charge d'exploitation Q vient de la NF EN 1991-1-1 §6.3 et de son annexe nationale : 2,5 kN/m² en habitation (catégorie A), 3 kN/m² en bureaux, 4 kN/m² en commerce et 5 kN/m² pour les ERP avec risque de foule.
Sollicitations de calcul (ELU)
La combinaison fondamentale de l'Eurocode 0 donne la charge pondérée, puis le moment et l'effort tranchant isostatiques :
Charge pondérée ELU
G : charges permanentes (kN/m²) · Q : charge d'exploitation (kN/m²) · sur une bande de 1 m, kN/m² et kN/m se confondent
Moment et effort tranchant isostatiques
pu : charge pondérée (kN/m) · L : portée horizontale entre appuis (m)
Ferraillage de flexion (méthode des pivots)
La section est calculée comme une dalle en flexion simple, sur une bande b = 1 m, avec une hauteur utile d = e − enrobage − Ø/2. L'enrobage nominal dépend de la classe d'exposition (EC2 §4.4.1) : un escalier intérieur sec relève de XC1, un escalier extérieur abrité de XC3. Les résistances de calcul sont fcd = fck/1,5 pour le béton (16,7 MPa pour un C25/30) et fyd = fyk/1,15 pour l'acier (435 MPa pour un B500). On calcule le moment réduit μ puis la section d'acier As :
Moment réduit
MEd : moment ELU (kN·m/m) · b = 1,00 m (bande de dalle) · d : hauteur utile (m) · fcd : résistance de calcul du béton (MPa)
Section d'acier de flexion
z : bras de levier (m) · fyd : résistance de calcul de l'acier (435 MPa pour un B500) · α : hauteur relative du bloc comprimé
Si μ dépasse μlim, la paillasse est trop fine : inutile d'ajouter des aciers comprimés sur un escalier courant, on épaissit. La section trouvée est ensuite comparée au ferraillage minimal de non-fragilité des dalles (EC2 §9.3.1.1, renvoyant au §9.2.1.1) :
Ferraillage minimal de non-fragilité
fctm : résistance moyenne en traction du béton (2,56 MPa pour un C25/30) · fyk = 500 MPa · b = 1,00 m · d : hauteur utile (m)
Le calculateur traduit enfin la section requise en nappe réelle, en retenant la combinaison la plus légère du catalogue qui couvre la section : HA10 tous les 15 cm pour 5,2 cm²/m, par exemple.
Aciers de répartition et flèche
Perpendiculairement aux aciers principaux, la NF EN 1992-1-1 §9.3.1.1(2) impose des aciers de répartition d'au moins 20 % de la section principale ; l'outil retient As,rép ≥ As/4 (25 %), du côté de la sécurité. Ils ne reprennent pas d'effort de flexion principal mais contrôlent la fissuration transversale et le retrait. La flèche est vérifiée sans calcul explicite par la condition d'élancement simplifiée de l'EC2 §7.4.2, avec la valeur du Tableau 7.4N pour une travée isostatique faiblement sollicitée :
Flèche par élancement
L : portée horizontale (m) · d : hauteur utile (m) — valeur du Tableau 7.4N pour une dalle isostatique faiblement sollicitée
L'effort tranchant, quant à lui, est rarement dimensionnant sur une paillasse : la résistance VRd,c du béton seul suffit presque toujours, et l'on ne dispose pas d'armatures d'effort tranchant dans une dalle d'escalier courante.
Dimensions réglementaires d'un escalier
Avant d'être une dalle inclinée, un escalier est un ouvrage de circulation, et ses dimensions sont encadrées. Pour les bâtiments d'habitation neufs, l'arrêté du 24 décembre 2015 relatif à l'accessibilité fixe deux jeux de valeurs distincts, selon que l'escalier dessert des parties communes ou se trouve à l'intérieur d'un logement.
| Exigence | Parties communes (art. 6.1) | Intérieur du logement (art. 12) |
|---|---|---|
| Hauteur de marche h | ≤ 17 cm | ≤ 18 cm |
| Giron g | ≥ 28 cm | ≥ 24 cm |
| Largeur | ≥ 1,00 m entre mains courantes | ≥ 0,80 m |
| Main courante | de chaque côté, à 0,80 – 1,00 m | au moins une |
| 2·h + g résultant des bornes | 62 cm | 60 cm |
Le rapprochement avec Blondel est instructif : le couple limite des parties communes (17 / 28) donne 2h + g = 62 cm, confortablement au centre de la plage, tandis que celui admis à l'intérieur d'un logement (18 / 24) tombe exactement sur la borne basse de 60 cm. Un escalier privatif au plus près du minimum réglementaire est donc, par construction, à la limite du confortable — ce qui explique la raideur ressentie de beaucoup d'escaliers de duplex. L'arrêté impose par ailleurs une contremarche d'au moins 0,10 m sur la première et la dernière marche des escaliers de parties communes, et le prolongement horizontal de la main courante d'une marche au-delà de la première et de la dernière.
Palier, dalle palière et poutre palière : quel modèle de calcul ?
Un escalier d'étage comporte presque toujours un palier intermédiaire. La question décisive pour le calcul n'est pas sa présence, mais la manière dont il est porté — et c'est là que se joue la différence entre un pré-dimensionnement en trois minutes et une modélisation de bureau d'études.
Cas 1 — le palier a son propre appui
La dalle palière repose sur un voile de cage, sur une poutre palière ancrée dans les refends, ou sur les deux. Chaque volée retrouve alors deux appuis francs : une paillasse simplement appuyée en pied et en tête, exactement le schéma de ce calculateur. Lancez un calcul par volée, avec la portée horizontale mesurée d'appui à appui. C'est la configuration la plus courante et de loin la plus économique en béton, puisqu'elle divise la portée par deux — et l'épaisseur de paillasse avec elle, comme le montre l'abaque ci-dessus.
Cas 2 — le palier est porté par les volées
Sans poutre palière, la dalle palière est suspendue aux paillasses : l'ensemble forme une poutre brisée, poutre continue qui change deux fois de direction. Les moments ne se répartissent plus en p·L²/8, et surtout le changement de pente engendre au coude une résultante d'efforts qui tend à ouvrir l'angle rentrant. Un ferraillage plié en suivant la géométrie y est contre-productif : ce sont des barres ancrées au-delà du coude qu'il faut disposer. Cette configuration sort du cadre du pré-dimensionnement isostatique.
La poutre palière, lorsqu'elle existe, se dimensionne ensuite comme une poutre ordinaire chargée par la réaction d'appui de la volée et par la dalle palière — avec une torsion à ne pas négliger si la volée s'y encastre d'un seul côté. L'outil Poutre & ferraillage traite ce second calcul.
Dispositions constructives
Le modèle simplement appuyé est volontairement sécuritaire en travée, mais il ne dit rien des appuis. Un escalier coulé en place est en réalité partiellement encastré dans les planchers : la NF EN 1992-1-1 §9.3.1.2 impose alors des aciers en chapeau sur appuis, capables de reprendre au moins 25 % du moment maximal de travée et prolongés sur au moins 0,2 fois la portée adjacente. Les omettre, c'est accepter une fissure quasi certaine sur le dessus de la paillasse au droit des planchers.
Pensez également à la liaison avec la structure : attentes ou boîtes d'attente scellées dans les voiles et planchers, appui minimal de la paillasse, et continuité du ferraillage au changement de pente si une partie de palier est coulée avec la volée. Côté coffrage, la sous-face de la paillasse se coffre d'un seul tenant tandis que les contremarches réclament un coffrage rapporté, souvent en planches réglées, retiré au décoffrage. Côté durabilité, l'enrobage doit être cohérent avec l'exposition réelle : un escalier extérieur, même abrité, ne se traite pas comme une cage d'escalier chauffée.
Comment ce calcul est vérifié
Le moteur de cet outil est couvert par une suite de 44 tests automatisés construite sur des références extérieures, et non sur ses propres sorties.
- L'équation de flexion est résolue à rebours. La section d'acier retournée est réinjectée dans l'équilibre d'origine : le moment qu'elle reprend, As·fyd·z, redonne MEd avec un résidu maximal de 4·10⁻¹⁴ % sur des volées de 1,68 à 4,20 m. Le ferraillage affiché équilibre donc exactement le moment affiché.
- Vérité analytique sur la statique et la géométrie. MEd = pu·L²/8 et VEd = pu·L/2 sont recalculés hors du moteur, et le bouclage des réactions (2·VEd = pu·L) est vérifié à 10⁻⁹ près. La majoration du poids propre par l'inclinaison est comparée à la seule géométrie du triangle de marche : le rapport √(g² + h²)/g issu de Pythagore et le 1/cos α du moteur coïncident à 10⁻¹⁰ % près, sur quatre couples giron/hauteur. Le prisme triangulaire des marches est de même recomposé aire par aire.
- Formules normatives réécrites indépendamment. fcd et fyd avec les coefficients partiels de l'annexe nationale, le moment réduit μ (§6.1), la hauteur du bloc comprimé et le bras de levier, As,min de non-fragilité (§9.2.1.1), la hauteur utile d = e − enrobage − Ø/2 : chacune est recomposée dans le test pour les trois classes de béton et les deux classes d'exposition proposées. La résistance en traction fctm = 0,3·fck2/3 est recoupée avec les valeurs publiées par le Tableau 3.1 de la norme — 0,47 % d'écart sur le C20/25, 1,35 % sur le C25/30 et 0,12 % sur le C30/37, soit le seul effet de l'arrondi de la table normative à 0,1 MPa.
- L'abaque et l'exemple chiffré publiés sont générés par le moteur. Ni le tableau des épaisseurs, ni la volée résolue pas à pas ne sont recopiés : ils sont produits au rendu par la fonction qui alimente le calculateur. Les tests revérifient chaque ligne (flexion, flèche), contrôlent que l'épaisseur annoncée est bien la plus petite admissible — un centimètre de moins échoue —, qu'elle coïncide avec la borne analytique L/20 + enrobage + Ø/2, et que portée, hauteur, épaisseur, moment et section d'acier croissent tous avec le nombre de marches. Une divergence entre ce que la page affiche et ce que l'outil calcule est structurellement impossible.
- Bornes et entrées dégradées. Le verdict de Blondel se ferme exactement sur 60 et 64 cm (59,9 et 64,1 échouent). Sur tout le domaine d'emploi — quatre portées, vingt-neuf épaisseurs, deux classes d'exposition —, aucune sortie publiée ne devient
NaNni infinie, et une paillasse trop fine signale explicitement le dépassement de μlim au lieu de le masquer.
Références
- NF EN 1992-1-1 (octobre 2005) et son annexe nationale — Eurocode 2, calcul des structures en béton, partie 1-1 : règles générales et règles pour les bâtiments. Source de la flexion au pivot A/B (§6.1), de l'enrobage par classe d'exposition (§4.4.1), de la résistance moyenne en traction fctm (Tableau 3.1), du ferraillage minimal de non-fragilité (§9.2.1.1, appelé pour les dalles par le §9.3.1.1), des aciers de répartition d'au moins 20 % (§9.3.1.1(2)), des aciers en chapeau sur appuis considérés comme simples (§9.3.1.2) et de la vérification de la flèche par élancement (§7.4.2 et Tableau 7.4N).
- NF EN 1990 — Eurocodes structuraux, bases de calcul des structures. Source de la combinaison fondamentale ELU 1,35 G + 1,5 Q.
- NF EN 1991-1-1 — Actions sur les structures, partie 1-1 : poids volumiques, poids propres et charges d'exploitation des bâtiments. Source des charges d'exploitation par catégorie d'usage (§6.3) et du poids volumique du béton armé retenu à 25 kN/m³.
- Arrêté du 24 décembre 2015 relatif à l'accessibilité aux personnes handicapées des bâtiments d'habitation collectifs et des maisons individuelles lors de leur construction, en vigueur depuis le 1er avril 2016. Article 6.1 pour les escaliers des parties communes (hauteur de marche ≤ 17 cm, giron ≥ 28 cm, largeur ≥ 1,00 m entre mains courantes, main courante à 0,80 – 1,00 m, contremarche ≥ 0,10 m sur la première et la dernière marche) ; article 12 pour les escaliers intérieurs aux logements réalisés sur plusieurs niveaux (hauteur de marche ≤ 18 cm, giron ≥ 24 cm, largeur ≥ 0,80 m).
- NF EN 206/CN — Béton : spécification, performances, production et conformité. Définit les classes de résistance (C20/25, C25/30, C30/37) et les classes d'exposition (XC1, XC3) qui commandent l'enrobage retenu.
- Formule de Blondel — relation empirique publiée par François Blondel dans son Cours d'architecture(1675-1683), qui lie hauteur de marche et giron au pas moyen d'un adulte. Ce n'est pas une prescription normative : les bornes qui circulent varient d'une source à l'autre (60 à 64 cm ici, parfois 59 à 66 cm), autour d'un optimum stable proche de 63 cm.
- Volée droite isostatique, appuyée en pied et en tête. Le calcul couvre la paillasse d'une volée dont les deux extrémités reposent sur un appui propre — plancher, voile, ou dalle palière elle-même portée par une poutre palière. Sur un escalier à deux volées de ce type, lancez un calcul par volée. Lorsque le palier est suspendu aux paillasses, l'ensemble fonctionne en poutre brisée et relève d'une modélisation continue avec traitement spécifique du coude.
- Épaisseur commandée par l'élancement, pas par un calcul de flèche. Le critère L/d ≤ 20 de la NF EN 1992-1-1 §7.4.2 est appliqué avec K = 1,0 et sans la majoration 310/σs liée au ferraillage réellement mis en place : c'est le côté sécuritaire de la norme, et c'est ce qui porte les épaisseurs de l'abaque à L/20 + 3 cm plutôt qu'aux L/25 souvent cités. Pour justifier une paillasse plus mince, menez un calcul de flèche en section fissurée.
- Hauteur utile établie sur des aciers HA12 en exposition XC1 ou XC3. d = e − enrobage − 6 mm, quel que soit le diamètre finalement retenu — hypothèse sécuritaire dès que la nappe réelle est plus fine. Pour une exposition XD ou XS (escalier de parking, bord de mer), reprenez l'enrobage selon la NF EN 1992-1-1 §4.4.1 avant de conclure.
- Escaliers droits en béton armé coulé en place. Les escaliers balancés, hélicoïdaux, à limon central ou à marches en console scellées dans un voile développent de la torsion et des sollicitations locales que ce schéma de dalle ne représente pas. Pour la seule géométrie d'un escalier tournant, utilisez l'outil Escalier demi-tournant.